Par Balthazar Courtois · 3 juillet 2026
Deux textes fixent le cadre. D'un côté, les priorités prudentielles de la BCE pour 2026-2028, publiées le 18 novembre 2025. De l'autre, les lignes directrices EBA/GL/2025/01 sur la gestion des risques ESG, applicables depuis le 11 janvier 2026 pour les établissements autres que les petites structures non complexes (11 janvier 2027 pour ces dernières). Ensemble, ils transforment le risque nature d'un sujet de bonne volonté RSE en un sujet de conformité prudentielle, au même titre que le risque de crédit ou le risque de marché.
Comme le formule Frank Elderson, membre du directoire de la BCE, dans son discours du 12 février 2025 :
« Il est inévitable que les risques liés au climat et à la nature augmentent. Les dissimuler ne les fera pas disparaître. Et les ignorer ne les rendra pas moins menaçants pour la politique monétaire et la supervision bancaire. »
La première des deux priorités fixées par la BCE porte sur la résilience aux risques géopolitiques et aux incertitudes macrofinancières. Le texte est explicite : les banques doivent appliquer des critères d'octroi de crédit adaptés, maintenir un niveau de capitalisation adéquat, et gérer les risques liés au climat et à la nature avec prudence.
Les programmes de travail associés incluent un suivi ciblé de la remédiation des insuffisances identifiées lors de la revue thématique 2022 et du test de résistance climatique, une revue thématique de la planification de la transition des banques dans le cadre du paquet CRD VI, une évaluation transversale de la conformité des banques aux exigences de divulgation du Pilier 3 sur les enjeux ESG, une analyse approfondie de la capacité des banques à traiter le risque physique, ainsi que des inspections sur site ciblées sur la gestion des risques climatiques et nature.
Publiées le 8 janvier 2025 par l'Autorité bancaire européenne, ces orientations demandent aux établissements de disposer d'une approche robuste de gestion des risques ESG sur des horizons court, moyen et long terme, incluant un horizon d'au moins 10 ans. Elles positionnent les risques ESG comme des facteurs de risques traditionnels : crédit, marché, opérationnel, réputationnel, liquidité, modèle d'affaires, concentration.
Concrètement, les établissements doivent conduire une évaluation de matérialité documentée, puis identifier et mesurer les risques ESG selon une méthodologie de référence. Ce n'est plus une divulgation volontaire : c'est une exigence de gestion des risques, avec une méthode qui doit pouvoir être présentée à un superviseur.
Les sanctions sont réelles. Elderson précise dans son discours du 12 février 2025 : la BCE a imposé des décisions de supervision contraignantes à 28 banques, dont 22 ont été informées qu'en cas de non-remédiation dans les délais, elles encouraient une pénalité périodique pour chaque jour de manquement à ses exigences.
Trois implications directes. D'abord l'échelle : une évaluation au niveau groupe ou secteur ne suffit plus, les inspections ciblées de la BCE portent sur la capacité réelle à gérer le risque physique, ce qui suppose des données au niveau de l'actif. Ensuite la trajectoire : l'horizon de 10 ans exigé par l'EBA impose de montrer une évolution documentée du risque, pas seulement une photographie à un instant donné. Enfin la défendabilité : une méthode doit pouvoir être présentée et justifiée devant un superviseur, pas seulement produire un chiffre.
Le cadre TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) l'énonce comme un principe fondateur, distinct des quatre principes hérités de la TCFD pour le climat. Il ajoute un cinquième principe, spécifique à la nature : la dimension géographique locale. Sa formulation dans le document de guidance LEAP (v1.0, septembre 2023) est sans ambiguïté :
« Les risques liés à la nature ne peuvent être déduits à partir d'estimations, de modèles ou d'impacts sectoriels génériques. »
L'EBA le confirme dans ses propres termes. L'EBA/GL/2025/04 (guidelines sur l'analyse de scénarios environnementaux, novembre 2025) positionne la TNFD comme « l'équivalent de la TCFD pour les enjeux liés à la nature », le cadre de référence nature, exactement comme la TCFD l'était pour le climat. Et l'EBA/GL/2025/01 lui-même, au paragraphe 81(o), exige que les métriques de suivi du risque nature tiennent compte « à la fois des informations sectorielles et de la localisation géographique », les deux dimensions sont nécessaires, l'une ne remplace pas l'autre.
En pratique : savoir que votre emprunteur opère dans la sidérurgie ne vous dit pas quel est le stress hydrique réel à Fos-sur-Mer, ni dans quel état se trouvent les zones protégées à proximité de son site. C'est pourquoi l'approche LEAP commence par une phase de localisation géographique précise, et pourquoi une analyse à l'échelle du siège social ou du secteur reste structurellement insuffisante au regard des attentes réglementaires actuelles.
Ces textes réglementaires ne définissent pas de méthode de calcul du risque nature : ils fixent des attentes de résultat. TNFD/LEAP et ENCORE restent les cadres méthodologiques de référence pour y répondre. C'est la structure sur laquelle Greenance construit sa propre méthodologie.
Comme le pose Elderson en ouverture de son discours du 12 février 2025 :
« Les banques centrales et les superviseurs ne sont pas des décideurs de politique climatique et nature. Ils en sont les preneurs. »
La contrainte réglementaire ne se négocie pas. La question n'est plus de savoir si le risque nature doit être mesuré, mais comment le mesurer au niveau où il se matérialise : le site.
BCE 2026-2028 : gestion prudente du risque climat et nature explicitement citée en priorité 1, avec inspections ciblées sur le risque physique. EBA/GL/2025/01 : applicable depuis le 11 janvier 2026 pour les grands établissements, horizon de gestion d'au moins 10 ans, sanctions déjà appliquées à 28 banques. Cadre TNFD : positionné par l'EBA comme l'équivalent de la TCFD pour la nature, le principe « location-based » formalise l'insuffisance de l'analyse sectorielle seule. La donnée doit être au niveau du site, documentée, et défendable devant un superviseur.
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